Pas la Marseille des clichés ni celle des peurs — la Marseille des quartiers vivants, de la cuisine généreuse et des vues qui coupent le souffle
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Marseille se mérite. Elle ne se livre pas au premier regard, ni même au deuxième. Elle demande qu’on revienne, qu’on s’y perde, qu’on accepte sa rugosité comme partie intégrante de sa beauté. Les voyageurs qui ne lui ont pas accordé ce temps sont souvent les plus virulents dans leur verdict négatif — ils ont vu une surface, pas une ville. Ceux qui ont pris le temps de marcher dans le Panier un mardi matin, de manger une soupe de poisson aux Goudes, de regarder le soleil se coucher sur le fort Saint-Nicolas depuis la Corniche, ceux-là ne disent plus du tout la même chose.
Marseille est la ville la plus mal-aimée et la plus attachante de France. Ces deux qualités sont peut-être les deux faces de la même médaille.
Les quartiers à découvrir : au-delà du Vieux-Port
Le Vieux-Port est incontournable et beau — mais c’est le point de départ, pas la destination. Le Panier, sur la colline qui le domine au nord, est le plus vieux quartier de Marseille et le plus vivant. Ses rues en calade montant vers la place des Moulins, ses façades délavées aux volets colorés, ses escaliers qui débouchent sur des terrasses inattendues avec vue sur la rade — le Panier est une ville dans la ville, un labyrinthe affectueux.
Le quartier de la Plaine, autour de la place Jean-Jaurès, est le centre culturel et universitaire de Marseille — theaters indépendants, librairies de quartier, bars à vins naturels, restaurants végétariens et épiceries fines du monde entier. C’est ici que la Marseille créative et intellectuelle se retrouve, dans un cosmopolitisme détendu qui n’a rien à voir avec la gentrification parisienne.
Les Goudes, tout au bout de la route de la Corniche, sont un village de pêcheurs quasi autonome encerclé par les calanques. Ses restaurants de bouillabaisse posés au bord de l’eau, ses pointus (les barques traditionnelles marseillaises) colorés sur la rade, son silence de fin du monde à quinze minutes du centre-ville — les Goudes sont ce que Marseille garde de plus secret et de plus précieux.
La cuisine marseillaise : un monde en une assiette
Manger à Marseille est un voyage à lui seul. La ville a absorbé depuis deux millénaires les cuisines de toutes les cultures qui ont transité par son port — italienne, arménienne, algérienne, marocaine, comorienne, vietnamienne, libanaise. Ces cuisines ne se sont pas amalgamées dans un flou indistinct : elles coexistent, côte à côte, souvent dans la même rue.
La rue de la République et le cours Belsunce concentrent une diversité culinaire que peu de villes au monde peuvent égaler. En cinquante mètres, on peut manger une merguez grillée, un em pao comorien, une fatayer libanaise, une tranche de pizza marseillaise et un mochi japonais. Ce n’est pas de la confusion — c’est la Méditerranée qui se mange.
Mais la cuisine marseillaise authentique se trouve aussi dans ses basiques : la bouillabaisse de Fonfon dans l’anse de Vallon des Auffes, le poulpe grillé à la plancha des Goudes, la soupe de poisson servie dans un bol de terre cuite avec sa rouille et ses croûtons à l’ail. Ces plats-là sont des monuments autant que le MuCEM.
🌿 Anecdote — En 2013, Marseille fut capitale européenne de la culture — un titre qui provoqua dans la ville un débat passionné et parfois comique. Certains Marseillais trouvaient l’honneur légitime et mérité. D’autres — plus nombreux peut-être — trouvaient qu’on leur imposait de l’extérieur une culture qu’ils avaient déjà, la leur, sans avoir besoin d’un titre officiel pour la valider. Cette ambivalence entre fierté et méfiance envers la reconnaissance externe est profondément marseillaise : la ville n’a jamais eu besoin qu’on lui dise qu’elle était remarquable pour le savoir.

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