Aix-en-Provence : mode d’emploi pour l’aimer vraiment

Au-delà du Cours Mirabeau et des calissons, Aix recèle des quartiers, des adresses et des secrets que seuls les amoureux de la ville finissent par connaître

On croit souvent connaître Aix-en-Provence après une première visite. Le Cours Mirabeau photographié, les calissons achetés, la fontaine de la Rotonde contemplée. Et puis on repart avec le sentiment d’avoir effleuré quelque chose sans l’avoir touché — ce sentiment que la ville avait plus à donner et qu’on n’a pas su demander.

Aix est une ville à plusieurs couches. La première est celle des guides touristiques — belle, réelle, légitime. La deuxième est celle des habitués — les ruelles qui contournent les flux touristiques, les terrasses qui ne se voient pas du trottoir, les marchés qui commencent avant que les hôtels servent le petit-déjeuner. La troisième est celle des amoureux — une affaire personnelle, faite de retours répétés, de découvertes en solo et de ce lien particulier qui se tisse entre une personne et une ville quand elle a décidé de ne pas la lâcher.

Les quartiers : le Vieil Aix et ses secrets

Le Vieil Aix — l’ensemble de la vieille ville à l’est du Cours Mirabeau — est un labyrinthe baroque du XVIIe siècle qui se livre aux flâneurs patients. Les rues Espariat, Gaston-de-Saporta et Aude concentrent les plus beaux hôtels particuliers — ces grandes demeures bourgeoises dont les façades en pierre jaune arborent des mascarons sculptés, des balcons en fer forgé et des portails monumentaux derrière lesquels se cachent des cours intérieures que l’on n’imagine pas depuis la rue.

Le quartier Mazarin, au sud du Cours Mirabeau, est la partie la moins touristique et la plus élégante d’Aix. Tracé au XVIIe siècle selon un plan en damier par l’archevêque Michel Mazarin (frère du cardinal), il aligne des hôtels particuliers d’une régularité majestueuse. La fontaine des Quatre Dauphins, au coeur de ce quartier, est l’une des plus gracieuses d’Aix — et l’une des moins fréquentées.

Le marché de la place des Prêcheurs, le mardi, jeudi et samedi, est moins connu que le marché principal mais souvent plus intéressant pour les produits locaux : des maraîchers qui viennent directement de leurs exploitations du Plan-de-la-Tour et du Luberon, des fromagers qui vendent leurs propres productions, un apiculteur qui parle de ses ruches comme d’une famille.

Les adresses et les rythmes de la ville

La librairie Goulard, sur la rue des Cordeliers, est l’une des plus belles librairies indépendantes de France — trois niveaux de livres classés avec une rigueur intellectuelle et un sens de l’aventure littéraire qui font qu’on y entre pour un quart d’heure et qu’on en ressort une heure plus tard avec cinq livres qu’on ne cherchait pas. C’est le signe d’une bonne librairie.

L’université Paul-Cézanne et ses quelques milliers d’étudiants donnent à Aix cette vitalité culturelle et intellectuelle qui l’empêche de se transformer en musée à ciel ouvert. Les cafés du quartier universitaire — autour de la place des Trois Ormeaux et de la rue de la Masse — sont les meilleurs endroits pour prendre le pouls de la ville réelle, celle qui pense, débat et invente.

Pour vraiment aimer Aix, revenez plusieurs fois, à des saisons différentes. Aix en hiver, quand la ville appartient à ses habitants, est une autre Aix — plus silencieuse, plus profonde, plus honnête. C’est là qu’elle vous dira ses vraies histoires.

🌿 Anecdote — Paul Cézanne et Émile Zola se rencontrèrent au collège Bourbon d’Aix-en-Provence en 1852, à l’âge de treize ans, liés par une amitié fougueuse que Zola décrit dans ses lettres comme la plus formative de sa vie. Ils explorèrent ensemble les collines et les garrigues autour d’Aix, nageaient dans l’Arc, lisaient Hugo et Musset sous les pins. Cette amitié d’enfance, qui dura trente ans avant de se briser sur la publication de L’Oeuvre (un roman où Zola décrit un peintre raté que Cézanne reconnut dans son propre portrait), a nourri deux des grandes oeuvres du XIXe siècle français. Aix garde la mémoire de cette jeunesse partagée dans ses rues, ses collines et ses ateliers.

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