Dans chaque figurine de quelques centimètres se cache un village entier, une époque, un savoir-faire transmis à la main depuis deux siècles
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Le santon est né d’une interdiction. En 1793, pendant la Révolution française, les autorités républicaines fermèrent les églises et interdirent les crèches vivantes — ces représentations théâtrales de la Nativité que les paroisses provençales organisaient depuis des siècles. Jean-Louis Lagnel, figuriste marseillais, eut alors l’idée de fabriquer de petites figurines en argile peinte que chaque famille pourrait acheter pour composer sa propre crèche à la maison. Le santon — le petit saint en provençal — était né.
En moins d’une génération, la tradition s’était répandue dans toute la Provence et avait inventé quelque chose de nouveau : une crèche non plus seulement religieuse, mais sociale. Aux figurines traditionnelles de la Nativité — Marie, Joseph, l’Enfant, les Rois Mages — vinrent s’ajouter les personnages du village provençal : le rémouleur, le boulanger, la poissonnière, le berger avec ses moutons, la femme au tambourin, le pêcheur, le vieux chasseur. La crèche provençale devenait un portrait de la société tout entière venant saluer l’Enfant.
La fabrication : de l’argile au personnage vivant
La fabrication d’un santon artisanal suit un processus en plusieurs étapes qui n’a pas fondamentalement changé depuis Lagnel. Le santonnnier commence par modeler l’argile à la main ou dans un moule — les moules en plâtre, fabriqués à partir des originaux sculptés, permettent une reproductibilité précise tout en laissant de la matière au travail de finition.
La figurine séchée est ensuite cuite une première fois au four à faible température pour lui donner sa solidité. Puis vient la peinture — entièrement à la main, avec des pinceaux très fins, dans une succession de couches qui construisent progressivement les détails : le fond de carnation pour la peau, les couleurs des vêtements, les détails du visage. Les yeux sont peints en dernier — c’est le moment où la figurine s’anime, où elle passe de l’objet à la présence.
Les grands santonniers peignent des milliers de figurines par an, mais chaque pièce est unique dans ses infinies petites variations. La teinte exacte du tablier, l’expression particulière du sourire, la façon dont les plis du vêtement tombent — ces détails varient d’une pièce à l’autre et font que deux santons du même modèle ne sont jamais tout à fait identiques.
Les grandes maisons et la foire de Marseille
Aubagne est la capitale des santons — nous y reviendrons dans un article dédié à la poterie de cette ville exceptionnelle. Mais Marseille abrite chaque année, en novembre et décembre, la plus grande foire aux santons du monde. Sur l’allée de Meilhan et les cours Belsunce, des dizaines de santonniers présentent leurs créations dans des stands qui attirent des collectionneurs du monde entier.
Les grandes maisons santonnières — Carbonel, Thérèse Neveu, Arterra, Fouque — produisent des figurines dans plusieurs tailles, du santon de crèche miniature de deux centimètres aux pièces de collection de vingt centimètres peintes à l’huile avec un réalisme saisissant. Les prix vont de quelques euros pour les petits santons de série à plusieurs centaines d’euros pour les pièces d’artiste.
La foire de Marseille est aussi le lieu où la tradition se renouvelle : chaque année, de nouveaux personnages font leur apparition, reflétant l’évolution de la société provençale. On a vu apparaître des santons infirmière, des santons pizzaiolo, des santons footballeur. La crèche provençale est vivante parce qu’elle ne cesse de se raconter.
🌿 Anecdote — Le plus grand santon jamais fabriqué mesure un mètre vingt de hauteur et représente le berger de la crèche provençale. Il fut réalisé en 1973 par un artisan d’Aubagne pour une crèche monumentale installée dans la cathédrale de la Major à Marseille. La pièce, qui prit six mois de travail, est toujours exposée dans la cathédrale. Sa taille imposante révèle quelque chose que les petits santons cachent : la complexité extraordinaire des vêtements provençaux traditionnels que les santonniers reproduisent à toutes les échelles.

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