Ce que la Provence vous fait, si vous lui donnez le temps

Une lettre de ceux qui sont venus pour une semaine et ne sont plus jamais tout à fait partis

✦ Mots-clés : vivre en Provence, s’installer Provence, amour Provence, slow life Sud France, Provence authentique, témoignage Provence, découvrir Provence autrement

Il y a une chose que personne ne vous dit quand vous venez en Provence pour la première fois, et c’est celle-ci : vous reviendrez. Pas parce que vous l’aurez décidé. Pas parce que vous aurez coché toutes les cases du guide. Mais parce que quelque chose en vous aura été touché — quelque chose d’assez profond et d’assez inexplicable pour vous tirer en arrière, des mois plus tard, sans que vous sachiez exactement pourquoi.

Ce quelque chose, c’est difficile à nommer. C’est la lumière à sept heures du soir en août — cette lumière d’or qui transforme les murs en peinture et les gens en personnages de tableau. C’est l’odeur du pain chaud mélangée à celle du café au bord d’une rue pavée. C’est la gentillesse tranquille d’un maraîcher qui vous apprend le nom d’une tomate que vous n’aviez jamais vue. C’est la sensation d’avoir été, pour quelques jours, quelqu’un qui vit plutôt que quelqu’un qui passe.

Les métamorphoses silencieuses

La Provence opère des transformations sans vous demander la permission. On arrive souvent avec son rythme de ville — rapide, connecté, planifié. Et doucement, sans qu’on s’en rende compte d’abord, le rythme change. On commence à prendre son café assis plutôt que debout. On arrête de vérifier son téléphone toutes les dix minutes. On accepte que le restaurant ne soit pas libre avant vingt et une heures trente, et on trouve ça tout à fait normal.

On apprend à marcher lentement. Les vieilles rues d’Aix ou du Panier à Marseille n’autorisent pas la précipitation — elles sont trop étroites, trop belles, trop pleines de détails qui méritent qu’on s’arrête. Le mascarons grimaçant au-dessus d’une porte, la petite cour intérieure entrevue par un porche ouvert, le chat endormi sur un rebord de fenêtre — ce sont des cadeaux qui n’appartiennent qu’aux lents.

On commence à parler différemment — plus fort, plus directement, avec les mains. Cette manière méridionale d’occuper l’espace sonore, que les Parisiens trouvent parfois envahissante, est en réalité une forme d’engagement : quand un Provençal vous parle, il est là, entier, présent. Il ne vous parle pas d’un œil pendant que son attention est ailleurs. Cette présence pleine est contagieuse.

Le secret de ceux qui restent

Ceux qui finissent par s’installer en Provence — et ils sont nombreux, chaque année, à faire ce saut — disent presque tous la même chose : ils ne l’ont pas vraiment choisi. La décision s’est faite d’elle-même, au fil des visites, des retours, des conversations avec des habitants qui ne semblaient pas pressés, des repas pris sous des tonnelles à la lumière des bougies qui s’éternisaient naturellement.

La Provence leur a appris quelque chose qu’ils ne savaient pas avoir besoin d’apprendre : que la beauté n’est pas un décor mais une façon de voir. Que le temps n’est pas un ennemi à battre mais un ami à accompagner. Que la qualité d’une journée n’est pas mesurée à ce qu’on y a accompli mais à ce qu’on y a vécu.

Ce carnet d’articles — ces histoires de cigales et de fontaines, de savon et de daube, de platanes et de pique-niques — est une invitation à regarder la Provence comme ses habitants la regardent : non pas comme une destination à visiter, mais comme un art de vivre à pratiquer. Le mieux qu’on puisse vous souhaiter est de la trouver vous-même, à votre rythme, dans la lumière particulière d’un matin ou d’un soir où tout sera calme et beau et parfaitement à sa place.

🌿 Anecdote — Peter Mayle, l’écrivain britannique qui publia en 1989 Une année en Provence — le récit de son installation dans le Luberon — reçut après la parution de son livre plus de trente mille lettres de lecteurs du monde entier. La plupart disaient la même chose : vous avez mis des mots sur quelque chose que j’avais ressenti sans pouvoir l’exprimer. Beaucoup ajoutaient : je pars en Provence cet été. Mayle avait compris avant tout le monde que la Provence ne se décrit pas — elle se transmet. Et une fois transmise, elle ne vous quitte plus.

Le livre a lire : Une année en Provence de Peter MAYLE

Laisser un commentaire