Pourquoi Aix-en-Provence a plus de cent fontaines

Une abondance qui ne doit rien au hasard : derrière chaque fontaine, une histoire d’eau, de pouvoir et de fierté urbaine

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Les voyageurs qui arrivent à Aix-en-Provence pour la première fois sont souvent surpris par omniprésence de l’eau. Dans une région que l’on imagine sèche et aride, Aix bruisse et chante de fontaines à chaque coin de rue. On en compte officiellement plus de cent dans la ville et ses environs — soit plus que la plupart des villes européennes de taille équivalente, et sans doute plus par habitant que partout ailleurs en France.

Cette abondance hydraulique n’est pas un caprice municipal. Elle est le résultat de deux millénaires de gestion intelligente d’une ressource naturelle extraordinaire : les sources souterraines de la plaine d’Aix, alimentées par les eaux de pluie infiltrées dans les calcaires de la Sainte-Victoire et des collines alentour.

Les Romains, premiers architectes de l’eau

Aix s’appelle ainsi à cause de l’eau. Aquae Sextiae — les eaux de Sextius — est le nom que le consul romain Caius Sextius Calvinus donna à la cité qu’il fonda en 122 avant Jésus-Christ, après sa victoire sur les Salyens gaulois. Il choisit cet emplacement précisément pour ses sources thermales : des eaux chaudes jaillissant naturellement à 34°C, qui permettaient d’alimenter les thermes militaires dont toute légion romaine avait besoin.

Les Romains construisirent un réseau d’aqueducs pour capter et distribuer les eaux de sources plus fraîches dans la ville, tout en préservant les eaux thermales pour les thermes publics. Ce premier réseau hydraulique constitua l’infrastructure sur laquelle toutes les fontaines ultérieures furent construites.

L’aqueduc de Traconade, dont des vestiges sont visibles à l’est d’Aix, transportait l’eau depuis les sources de la colline Sainte-Victoire jusqu’aux citernes de la ville. C’est une des premières grandes infrastructures hydrauliques de Provence — et elle fonctionnait déjà remarquablement bien pour une ville de quinze mille habitants.

Les fontaines du XVIIe siècle : eau et prestige

La grande époque des fontaines aixoises est le XVIIe siècle. La ville est alors capitale du Parlement de Provence — l’une des cours de justice les plus puissantes du royaume — et les familles parlementaires rivalisent de magnificence dans leurs hôtels particuliers et leurs donations publiques. Construire ou restaurer une fontaine est un acte de prestige civique, une façon d’inscrire son nom dans la mémoire collective.

Le Cours Mirabeau, créé en 1651, reçut ses premières fontaines monumentales dès sa création : la fontaine des Neuf-Canons (1691) et la fontaine du Roy (1691) marquent les deux extrémités du cours. La fontaine Chaude, en son centre, est alimentée par l’eau thermale — à 34°C même en hiver — dont les vapeurs matinales créaient une atmosphère fantomatique appréciée des promeneurs d’autrefois.

Chaque fontaine était gérée par un fontainier municipal — un métier à part entière qui impliquait l’entretien des canalisations, le contrôle du débit et la répartition équitable de l’eau entre les quartiers. Cette organisation sophistiquée garantissait à chaque habitant un accès à l’eau potable dans un rayon de quelques dizaines de mètres.

🌿 Anecdote — La fontaine de la Rotonde, l’une des plus spectaculaires d’Aix avec ses trois statues symbolisant la Justice, l’Agriculture et les Beaux-Arts, fut inaugurée en 1860 et alimenta longtemps toute la moitié ouest de la ville en eau potable. Pendant la canicule de 1947, des files d’attente de plusieurs centaines de personnes se formèrent à cette fontaine chaque matin — les conduites d’eau privées ayant séché les unes après les autres. La ville décida cette année-là d’étendre définitivement le réseau d’eau courante à tous les foyers.

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