Le melon de Cavaillon : le fruit roi de l’été provençal

Le melon de Cavaillon : le fruit roi de l’été provençal

Alexandre Dumas lui consacra une rente viagère. Louis XIV le fit livrer à Versailles. Voici l’histoire d’un fruit qui n’a pas volé sa couronne

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Alexandre Dumas fit une chose extraordinaire pour l’amour d’un melon. En 1864, pour obtenir de la bibliothèque municipale de Cavaillon qu’elle accepte ses œuvres complètes — vingt-huit volumes — l’écrivain ne demanda pas d’argent. Il demanda un melon par an, livré à Paris, jusqu’à la fin de ses jours. La bibliothèque accepta avec enthousiasme. Ce contrat insolite — vingt-huit volumes contre une rente de melons — dit quelque chose d’important sur la réputation du melon de Cavaillon dans la France du XIXe siècle.

Le melon de Cavaillon est un Cucumis melo de la famille des cucurbitacées, plus précisément un cantaloup charentais à la peau côtelée et suturée, à la chair orangée et sucrée, au parfum qui envahit toute une pièce quand il est à parfaite maturité. Ce parfum est l’un des arômes les plus complexes du règne végétal — les chimistes y ont identifié plus de deux cents composés volatils.

L’histoire : des papes aux rois

Le melon est originaire d’Asie centrale et d’Afrique du Nord. Il arriva en France par plusieurs routes : via l’Italie d’abord, où les papes avignonnais le firent cultiver dès le XIVe siècle dans les jardins du Comtat Venaissin. C’est depuis Cantalupo, domaine papal près de Rome, qu’il tira son nom de cantaloup.

La plaine de Cavaillon, irriguée par la Durance et ses canaux, offrait des conditions idéales pour sa culture : sol limoneux et fertile, chaleur estivale intense, eau disponible pour les arrosages contrôlés. Les maraîchers du Comtat Venaissin développèrent au fil des siècles un savoir-faire de sélection variétale qui permit d’obtenir des fruits d’une régularité et d’une qualité exceptionnelles.

Louis XIV était réputé grand amateur de melon — il en mangeait parfois plusieurs par jour en été, malgré les mises en garde de ses médecins. Des convois de melons de Cavaillon partaient régulièrement pour Versailles, emballés dans de la paille et escortés comme de précieuses marchandises. Cette prédilection royale contribua à établir la réputation nationale du melon cavaillonnais.

Comment choisir et manger un melon parfait

Un melon de Cavaillon à son apogée est un chef-d’œuvre de subtilité. Le choisir correctement est un art que les producteurs de Cavaillon enseignent avec patience : regarder d’abord la suture — la petite cicatrice du côté de la queue. Si elle est cerclée d’une légère fissure, le melon s’est naturellement décollé de sa tige, signe qu’il a mûri sur pied jusqu’au bout. Sentir ensuite l’extrémité opposée : le parfum doit être présent mais pas écœurant. Un melon sans odeur n’est pas mûr ; un melon qui embaume trop fort est sur le déclin.

La consommation optimale se fait dans les vingt-quatre heures suivant l’achat, à température ambiante — jamais réfrigéré avant découpe, car le froid bloque les arômes. On le coupe en deux dans le sens de la longueur, on retire les graines, et on déguste à la cuillère, ou coupé en quartiers avec quelques feuilles de menthe fraîche et une pincée de fleur de sel.

L’accord melon-jambon de Parme est un classique de l’entrée estivale, mais les Provençaux lui préfèrent souvent l’accord melon-porto blanc frais — un verre versé dans la cavité du melon évidé, qu’on laisse macérer vingt minutes avant de cuillère. Simple, parfait, estival.

🌿 Anecdote — Le marché de gros de Cavaillon est le plus grand marché primeur de France pour le melon. À son apogée en juillet, il peut traiter jusqu’à cinq cents tonnes de melons par jour. On y pratique encore la vente aux enchères vocale — le crieur annonce un prix de départ, les acheteurs font des signes discrets et le lot change de main en quelques secondes. Ce marché, qui démarre à quatre heures du matin, est l’un des spectacles économiques les plus vivants et les plus authentiques du Sud.

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